Germain

Que ressentiriez-vous si vos parents vous empêchaient d’apprendre? S’ils ont enlevé votre lumière, vos vêtements, même votre chaleur. C’est ce qui est arrivé à Sophie Germain, née à une époque où il était mal vu de permettre aux femmes d’apprendre.

Fille d’une riche famille française de la classe supérieure, Sophie Germain est née en 1776, année de la Révolution américaine.

Sophie avait treize ans lorsque la Bastille est tombée. Paris était une ville instable et dangereuse. Pendant les dix années suivantes de la violence révolutionnaire française, Sophie Germain passe une grande partie de son temps confinée chez elle, lisant dans la bibliothèque de son père. Sophie a trouvé la profondeur et la variété de la bibliothèque de son père d’une grande aide pendant les longues journées de solitude. Alors qu’elle lisait un jour, elle est tombée sur une histoire de la mort du mathématicien grec Archimède. Bien qu’Archimède était un homme brillant, c’est la façon dont il est mort qui a laissé Sophie envoûtée.

Elle a lu comment Archimède a été tué sur le côté avec une lance par un soldat romain qui conquérait les citoyens de Syracuse. Archimède était tellement absorbé par ses dessins géométriques qu’il ne reconnaissait pas son propre danger. Sophie voulait savoir sur quoi Archimède travaillait. Qu’est-ce qui pourrait être si engageant, si excitant, qu’une personne ignore sa propre mort imminente?

Sa famille était d’accord avec la notion populaire anglaise de l’époque selon laquelle le « travail cérébral » n’était pas sain – voire dangereux – pour les filles. Ils ont commencé à interdire à Sophie d’étudier les mathématiques. Sophie, cependant, avait un esprit fort et était déterminée à s’éduquer. Nuit après nuit, elle a rampé hors du lit et a étudié après que tout le monde se soit endormi. Lorsque les parents de Sophie l’ont découvert, ils ont pris ses lampes, caché ses vêtements et se sont assurés qu’il n’y avait pas de chaleur dans sa chambre. Mais Sophie a introduit clandestinement des bougies dans sa chambre et a poursuivi ses études. Quand ses parents l’ont trouvée un matin, endormie à son bureau avec son stylo dans un puits d’encre gelée, ils ont cédé et ont autorisé ses études. Sans tuteur, Sophie a passé le Règne de la Terreur, ce temps troublé en France, à s’enseigner le calcul différentiel.

Quand Sophie avait dix-huit ans, l’Ecole Polytechnique, une académie technique créée pour former des mathématiciens et des scientifiques, a été fondée. Sophie s’est vu refuser l’admission en raison de son sexe, mais a pu obtenir des notes de cours d’amis. Sophie était particulièrement intéressée par les conférences de Legrange, un mathématicien notable de l’époque. Lorsqu’un article a été attribué, Sophie en a soumis un sous le nom de plume de Monsier LeBlanc. En découvrant que l’auteur était une femme, Legrange fut étonné mais, bien que lié par les préjugés de l’époque, reconnut les capacités de Germain et commença à l’aider et à l’encourager.

En 1801, Germain reprend la plume et le papier et écrit le mathématicien allemand Carl Friedrich Gauss. Préoccupée par le fait que Gauss puisse également avoir des préjugés à l’égard des femmes, elle utilise à nouveau le nom de plume de M. Le Blanc. Comme Legrange avant lui, Gauss a trouvé ses commentaires précieux et a initié une correspondance. Lorsque Gauss a découvert sa véritable identité, lui aussi était ouvert d’esprit à l’égard des femmes savantes. Bien que les deux ne se soient jamais rencontrés, Gauss a aidé à informer ses collègues du talent et des réalisations de Sophie.

En 1816, Germain présente son article qui remporte le grand prix de l’Académie française pour ses travaux sur la loi des surfaces élastiques vibrantes. Cette théorie a permis d’expliquer et de prédire les motifs inhabituels formés par le sable ou la poudre sur les surfaces élastiques lorsqu’elles étaient vibrées. De telles études d’élasticité ont rendu possible la construction de la Tour Eiffel.

Sophie Germain meurt en 1831 à l’âge de 55 ans. Elle souffrait depuis deux ans, souffrant d’un cancer du sein. Elle est décédée peu de temps avant de recevoir un doctorat honorifique de l’Université de Gottingen. Là aussi, elle devait enfin rencontrer Gauss, qui lui avait recommandé de lui accorder le diplôme.

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